Hippotherapie

Hippothérapie: les richesses de la relation homme-cheval dans une démarche thérapeutique

Qu’est-ce que l’hippothérapie ?

Une thérapie à média (le cheval est médiateur de la relation thérapeute-patient comme peut l’être le dessin ou le jeu dans les thérapies d’enfants classiques) avec la particularité de solliciter les partenaires dans leur corporalité.

La séance d’hippothérapie est un moment vécu dans un lieu avec une personne (le patient), le thérapeute et un média cheval, ceci constitue donc un triangle thérapeutique

L’hippothérapie est aussi différente de l’équitation que l’est l’hydrothérapie de la natation. Le but n’est pas de faire de la personne un cavalier comme c’est le cas en équitation adaptée (càd un apprentissage de l’équitation avec des moyens adaptés en fonction de la personne et de ses possibilités spécifiques). L’hippothérapie n’est pas non plus un loisir ou une activité occupationnelle car elle est un lieu d’expérimentation particulier où la personne peut venir rejouer des thématiques et des scénarios qui lui sont propres (lieu de projections, lieu d’investissement).

Les frontières entre loisir, équitation adaptée et hippothérapie sont minces et ces domaines se recouvrent parfois. Néanmoins il est capital de savoir ce que l’on fait et dans quelle visée on le fait pour ne pas « se perdre ».

La fonction tonique est notre premier moyen de communication en hippothérapie, or le tonus se situe à la jonction des champs corporels et psychiques. Le patient sera en accord avec son cheval s’il est en accord rythmique avec lui. Les conflits psychiques, retards de maturation, troubles de la personnalité et handicaps divers perturbent la relation que le sujet a avec son propre corps et avec les autres qui l’entourent. En hippothérapie, la communication est sensori-motrice, le dialogue tonique entre la personne et le cheval modifie l’éprouvé corporel et la conscience du corps, c’est pourquoi les expériences proposées doivent être modulables et progressives.

èNous pratiquons donc l’hippothérapie uniquement en individuel, les séances de groupe n’étant envisagées que si ça a un sens par rapport aux aspects travaillés (ex : la cohésion d’un groupe de vie).

Une séance collective correspondrait davantage à une activité de loisir ou de bien être,

le cadre étant alors fondamentalement différent.

èComme toute thérapie, l’hippothérapie nécessite de prendre son temps, l’évolution au sein des séances est donc relativement « lente ». Il est également important de respecter le rythme de chaque personne.

Une personne peut aussi progresser vite à un moment puis moins rapidement à un autre moment.

L’aspect primordial : le psycho-relationnel

L’idée est de permettre à la personne de vivre un moment en un lieu et un temps définis, et ce avec un thérapeute garant de ce cadre rigoureux (le cadre permet à la personne de trouver ses repères et par là même de se sécuriser).

Cependant, ce cadre doit être assez ouvert pour qu’un moment se vive. Si les conditions sont définies au début de la séance, son contenu, lui, n’est pas définissable à l’avance. En effet, si c’était le cas, nous serions dans le désir et les attentes du thérapeute et non celles de la personne. Chaque partenaire du triangle a ses réactions propres et il est intéressant que les émotions de chaque pôle puissent émerger afin de créer ce moment de « vivre ensemble ».

Nous encadrons, observons ce qui se joue et y réagissons, faisons éventuellement des propositions. Il est important de rester disponible à ce qui vient émerger à un moment (ex : dans quel état d’esprit et dans quelle manière d’habiter son corps est la personne aujourd’hui ? quelle est la disponibilité du cheval ? comment peut-on négocier quelque chose entre ces deux réalités du moment ?). Ce qui implique qu’il n’y a pas que des moments agréables en hippothérapie, parfois les conditions du jour nécessitent de surmonter, négocier ou renoncer à certaines choses. C’est là que le thérapeute va pouvoir accompagner la personne à trouver une solution, changer de projet, entendre les émotions suscitées par la situation. Le cheval est objet d’attention conjointe du patient et du thérapeute, et bien sûr sujet de discussion et de négociation entre eux.

Le but sous-jacent est de faire expérimenter quelque chose à la personne (la personne venant y mettre un sens qui lui est propre, raison pour laquelle nous devons garder l’esprit grand ouvert et disponible à ce qui vient). Il n’est donc pas automatique que la personne monte sur le cheval, il arrive très souvent que la séance se passe à pied, dans le box du cheval ou même simplement en observant un ou plusieurs chevaux de loin.

Nous sommes très attentives à offrir une qualité de présence à la personne que nous accueillons, afin de recevoir tout ce qu’elle vient mettre dans ce moment. Nous sommes également attentives à ce que le cheval exprime afin de ne pas aller au-delà de ce qui est possible pour lui à ce moment-là. Enfin, nous sommes attentives à notre propre état d’esprit et à notre manière d’habiter et d’utiliser notre corps dans la relation. En effet, l e thérapeute s’adresse à l’unité psychosomatique du sujet, il est lui-même engagé corporellement dans la relation. L’attitude du thérapeute est prépondérante afin que le patient puisse être suffisamment sécurisé et qu’il puisse se permettre d’exprimer ses émotions et ses affects.

èL’état et le vécu des trois partenaires sont autant d’éléments qui viennent construire la notion d’accordage

dans le triangle décrit plus haut.

Que peut-il se passer à pied ?

La personne peut éprouver les conséquences de de sa présence dans un espace (proche ou lointain) du cheval, mesurer l’impact de ses mouvements, de son humeur sur le cheval. Comment créer un contact, un dialogue avec le cheval (comment le mettre en mouvement ou l’apaiser) ? Que se passe-t-il lorsque la personne a une certaine attente vis-à-vis du cheval ?

Que peut-il se passer sur le cheval ?

Comment trouver son équilibre ? Comment se faire comprendre et comment guider le cheval ? Vivre les nombreuses stimulations corporelles (le rythme du déplacement, le toucher, la chaleur, les odeurs, le bruit des pas). Affronter sa peur d’être sur un animal, d’être en hauteur. Affronter le fait de ne pas obtenir tout ce que l’on demande au cheval.

èLe thérapeute est là pour accompagner la personne dans ce qu’elle vit lors des contacts avec les chevaux, il aide à comprendre, à décoder et à considérer le cheval pour ce qu’il est réellement,

ni plus ni moins.

· Les apports de l’hippothérapie peuvent être multiples

Vivre une expérience démédicalisée, en dehors du lieu de vie ou de soins : les écuries ou le manège ne ressemblent pas à un lieu de soins classique.

Approche corporelle qui vient chercher la personne dans sa sensorialité (le toucher, le rythme, les odeurs, le portage, l’équilibre). L’éveil sensoriel est multiple : stimulation corporelle active et/ou passive, possibilités de moments de régression, dialogue non-verbal.

La structuration de l’espace et du temps (au niveau de la séance et de la vie générale du cheval), qui permet de travailler les repères spatio-temporels.

Se confronter à un autre, un être vivant ayant son propre mode de fonctionnement, ce qui permet de travailler les notions de distances et de limites de soi et des autres, de mettre au travail l’identification, le mimétisme, la différenciation.

Le cheval peut être support de projection et de fantasmes, la personne peut rejouer des scénarios vécus, qu’ils soient positifs ou négatifs.

Le cheval peut être le confident de la personne, un « tabernacle », ce qui peut lui conférer la fonction d’objet transitionnel.

Prise de conscience, à travers les réactions du cheval, de son propre état émotionnel et par là travailler les capacités de communication, la conscientisation et l’expression des émotions.

Mise en contact avec un animal pulsionnel (vie/mort, sexualité, proximité/agressivité) et prédominance des besoins primaires (manger, déféquer, contacts sociaux, sexualité).

Maitrise de soi, capacité de surmonter ses peurs, capacité de surmonter les frustrations, accepter de ne pas tout maitriser/contrôler, capacité à faire un effort, notion de patience, différer le désir et la satisfaction de celui-ci.

Faire l’expérience du contact apaisant –ou angoissant- avec l’animal et par là faire le lien avec l’animalité présente en chaque humain.

èLe thérapeute est là pour expliquer le mode de communication à établir avec le cheval

afin que chacun soit respecté et accepté :

  • Pouvoir expliquer le comportement et les réactions du cheval
  • Ne pas accorder d’intentions au cheval
  • Eviter l’anthropomorphisme

Le thérapeute est garant de la sécurité du lien entre la personne et le cheval, il est le tiers permettant la distanciation, il a une fonction d’écoute et de réassurance.

Pourquoi le cheval et pas un autre animal ?

Le cheval est à la fois attirant et puissant (éventuellement effrayant). Il véhicule à la fois des signifiants phalliques (puissance, force) et maternels (chaleur, portage, holding/handling d’Anzieu). Il est par là objet de nombreuses projections, mais il permet aussi le travail autour de la dualité et de l’ambiguïté entre ces pôles. Le cheval objet de soins, d’alimentation, de pansage, de manipulation d’un espace à un autre devient support de projection des expériences vécues par le sujet, de son corps, de ses relations à l’autre. La personne pourra, par identification, investir son propre corps comme lieu de soin et de plaisir. Si le holding (le portage) et le handling (les soins) sont vécus de manière satisfaisante, la personne pourra découvrir des expériences sensori-motrices nouvelles assorties à une relation stable et sécurisante.

Il est le seul animal monté de notre civilisation occidentale, cet aspect particulier s’intrique intimement avec les symboliques phalliques et maternelles citées ci-dessus. Dans l’élaboration du schéma corporel entrent en jeu les perceptions auditives, tactiles, visuelles, olfactives, gustatives et les sensations proprioceptives du corps en mouvement, toutes exercées lors du contact avec le cheval ou dans la situation « à cheval ».

C’est un animal appréhendant le monde en fonction de ses émotions, il est aussi très sensible aux émotions des êtres qui l’entourent, il peut donc être révélateur des émotions (fonction miroir).

Le cheval agit par rapport à ce qu’il sent, ce qui engage à être centré sur soi et en cohérence avec soi-même (ex : le cheval ressentira une peur que l’on essaye de cacher).

Le cheval est très sensible à l’occupation de l’espace et réagit nettement lorsque l’on dialogue avec lui sur ce mode.

Il s’exprime de façon non-verbale, il est clair (un signal a une seule signification, il n’y a ni double langage, ni intentions chez le cheval, il n’a pas d’attentes vis-à-vis de personnes ayant l’habitude d’être considérées comme « déficientes » par leurs pairs).

Quelques mots sur le fonctionnement du cheval à l’état naturel :

Il est un animal social « un cheval tout seul ça n’existe pas », il est perpétuellement en lien avec les autres membres du groupe à la manière d’un réseau (les contacts sociaux sont un besoin pour les chevaux). Il est égocentrique : il agit à partir de lui-même et de ses sensations. Il oscille entre réflexe grégaire (fuite) et curiosité pour les choses qui l’entourent, il a un comportement exploratoire naturel. Le cheval entre en relation avec ses congénères par les sens (dans l’ordre suivant : odorat- toucher-ouïe-vue). Le cheval ne sait pas se « décentrer » de son point de vue, il ne sait pas anticiper ni synthétiser les informations (il les prend les unes après les autres).

Ces connaissances sur le fonctionnement du cheval (càd l’éthologie) sont à nos yeux essentielles, elles nous permettent de faire avec ce que le cheval est, sans attendre trop de lui mais également en le respectant.

Nous tenons absolument à travailler avec des chevaux « non-robotisés » sans quoi l’interaction avec le cheval

n’a plus aucun intérêt ni aucune spécificité. C’est pour ces raisons que des connaissances en équitation et surtout en éthologie viennent compléter nos formations paramédicales pour la part relation au cheval : l’observation et l’interprétation juste du langage cheval permettent de travailler en « champ détendu »,

en respectant le cheval et ses limites, ce qui permet d’avoir les conditions les plus sécurisantes possibles, même si la sécurité absolue est impossible lorsque l’on travaille avec un animal.

Concrètement, comment cela se passe ?

INFO : l’hippothérapie en Belgique

  • L’hippothérapie pose un problème de crédibilité en Belgique car il n’existe pas d’accès officiel à la profession et le titre d’hippothérapeute n’est pas réglementé. La compétence des praticiens dépend donc uniquement de formations personnelles et de leur éthique professionnelle.
  • Il existe peu de remboursements de la part des mutuelles, quoique cet aspect évolue ces dernières années.
  • Nous rencontrons les difficultés financières et logistiques des institutions qui ont peu de moyens, mais également la difficulté de faire coïncider rythme scolaire et séance d’hippothérapie pour les enfants (notre survie financière n’étant pas assurée par l’hippothérapie, nous avons d’autres activités).

L’analyse des demandes

Il n’y a pas de public ou de pathologie-cible pour la pratique de l’hippothérapie, chaque demande est à analyser au cas par cas. Nous entendons alors la demande du professionnel ou de la famille, celle de la personne et nous réfléchissons ensemble au sens d’une telle thérapie.

Les études et recherches brassent un panel large tant adulte que enfant, pour des personnes atteintes de pathologies lourdes ou légères (personnes âgées, autistes, personnes caractérielles, TDAH, troubles de la personnalité, troubles psychotiques, troubles névrotiques, enfants vivants des difficultés familiales ou enfants placés, troubles de l’humeur, burnout, troubles anxieux, encoprésie/énurésie, retard mental léger/modéré/sévère, troubles des apprentissages …).

Cependant, nous tenons à insister sur certains critères pour que les séances se déroulent dans les meilleures conditions :

  • La personne (enfant ou adulte) doit nécessairement être preneuse de l’activité, il n’est pas possible de travailler avec une personne qui ne souhaite pas être là. Pour les personnes ne sachant pas ou peu s’exprimer, il est possible d’évaluer leur plaisir ou non à être là lors du premier essai. Nous souhaitons également que la famille soit d’accord avec le projet d’hippothérapie.
  • L’hippothérapie n’est pas une monothérapie et n’est pas quelque chose de magique où « le cheval guérit tous les maux », c’est une partie d’un tout, à envisager dans un cadre thérapeutique global. Il est indispensable qu’il y ait cohérence et communication entre les différents intervenants gravitant autour du patient. Nous souhaitons donc une collaboration avec les équipes qui nous envoient des patients (que ce soit avec une casquette de psychologue, psychomotricien, ergothérapeute, logopède, assistante sociale, kiné, psychiatre).
  • Lorsqu’un cadre est fixé, il est essentiel de le maintenir pour la durée prévue initialement, en effet, les modifications de créneaux horaires, de patients, de durée de la séance pour des modalités pratiques ne sont jamais dans l’intérêt de la personne.
  • Pour des raisons déontologiques, éthiques et matérielles, nous ne pouvons pas filmer les séances, cependant, les autres professionnels s’occupant de la personne peuvent venir observer les séances de manière ponctuelle.
  • ·Notre formation

Vous trouverez nos curriculums-vitae complets après la bibliographie.

Nous nous centrons donc sur nos formations de base (la psychologie, la psychomotricité, et les aspects relationnels), cependant, si la demande se porte sur l’aspect physique (ex : travail de chaînes musculaires spécifiques chez une personne handicapée physique), nous pouvons assurer l’encadrement mais le professionnel dans ce domaine (ex : le kiné) devra alors accompagner la séance.

Aspects pratiques

Les aspects pratiques (horaires, durée de la séance, tarif) sont à discuter au cas par cas, le plus important étant le sens et la cohérence de l’intervention.

Quelques livres pour poursuivre…

Ethologie et écologie équines – JC BARREY et Dr C LAZIER – Ed VIGOT 2010

L’enfant et la médiation animale – F BEIGER – Ed DUNOD 2008

La rééducation par l’équitation – R DE LUBERSAC et H LALLERY – Ed CREPIN-LEBLOND 1973

Thérapies avec le cheval – R DE LUBERSAC – Ed FENTAC 2000

Cheval : inadaptations et handicaps – M JOLLINIER et ASSOCIATION HANDI-CHEVAL – Ed MALOINE 1995

L’enfant et l’animal, les émotions qui libèrent l’intelligence – H MONTAGNER – Ed ODILE JACOB 2002